L’interrompre ou ne pas l’interrompre, le corps du dilemme

Le Processus
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"Le Processus", cie johanny bert - théâtre de romette, (c) C. Raynaud de Lage

(c) C. Raynaud de Lage

Le festival MOMIX (Kingersheim) accueillait le spectacle “Le Processus”, dernière mise en scène du très inventif Johanny Bert. Ce spectacle est l’adaptation au plateau d’une forme itinérante destinée à tourner dans les collèges et lycées.

L’autrice Catherine Verlaguet a proposé son texte directement au metteur en scène. Démarche plutôt rare, et le choix ne coulait pas de source. De ce récit intime de la tempête intérieure traversée par une adolescente confrontée à une grossesse non désirée, on aurait pu imaginer qu’il aurait plutôt été confié à une personne concernée par l’expérience, une personne dotée d’un utérus. Si “Le Processus” réussit, c’est avant tout grâce à l’interprétation éblouissante de Juliette Allain. La justesse et la force de son jeu ne peuvent à aucun moment être prises en défaut. Malgré ses 34 ans, elle arrive à incarner de façon crédible et nuancée une adolescente de 15 ans. La palette d’émotions dont elle est capable est confondante, l’efficacité avec laquelle elle incarne tous les personnages à elle seule bluffante.

De la mise en scène, on retiendra surtout la bonne idée de donner à voir certaines ellipses du texte sur un écran à fond de scène. Le film d’animation signé Inès Bernard Espina, avec ses couleurs vibrantes et son trait naïf, suggère joliment certains espaces du hors-champ, sans tomber dans l’illustration servile. Pour le reste, tout est d’une grande sobriété : une chaise, quelques fringues, c’est tout. L’espace est structuré par des découpes de lumière habiles, où on reconnaît l’habitude de travailler avec les marionnettistes. Pour autant, Johanny Bert échoue à préserver l’intimité du récit. Le traitement frontal et assez cru, il nous semble, met en déroute une partie de la fragilité nécessaire à la dramaturgie.

Le texte constitue cependant le principal bémol, qui interdit à cette pièce de convaincre complètement. Le niveau de langage n’est pas celui d’une adolescente de 15 ans, et la grande maturité avec laquelle la protagoniste traverse cette épreuve n’est pas de son âge. Les choix musicaux très pop-rock n’aident pas à ancrer l’héroïne dans l’adolescence. Les réactions des personnages adultes sont outrées et caricaturales. L’impression est que le texte est écrit à hauteur d’adulte, et a ensuite reçu quelques ajouts pour le resituer explicitement dans l’adolescence. Autre regret, on a le sentiment que le dénouement est connu ab initio : le sens est assez univoque, il n’y a pas de vrais arguments présentés en faveur de l’alternative et donc pas de vrai dilemme, en vérité. Ceci, combiné à une mise en scène peu audacieuse, rend “Le Processus” un peu terne, malgré l’interprétation bouleversante de la comédienne.

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