La largeur du bassin

La Largeur du bassin

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Ce qui marque d’abord c’est l’intelligente appropriation de l’espace et son marquage social binaire immédiat. Les hommes sur leur promontoire et les femmes, en bas, prêtes à tout pour se jeter dans le grand bain. Le texte de Perrine Gérard publié avant la vague #metoo aborde frontalement la question du regard prédateur, des hommes sur les jeunes filles bien sûr mais aussi des filles entre elles et des filles sur les hommes. Tout est une histoire de parade et de monstration pailletée de ce que la société semble attendre de ses sujets et cette tension entre ce qui devrait être et ce qui est claque à chaque geste, résonne à chaque tentative de dialogue. La mise en scène renforce le malaise en jouant habilement entre une esthétique pastel et presque glamour et une sensation dérangeante d’observatoire zoologique ; même le jeu semble en décalage avec une réalité qui n’est palpable que dans les mots et la violence sourde des situations. Cette nage en eaux troubles laisse une trace poisseuse sur la peau, une vague odeur de chlore, mais comme la sirène échouée de l’image finale, il faudra bien du courage pour se tenir malgré tout debout et affronter enfin sereinement le regard de l’autre.

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