Lumineux adieux de la Trisha Brown Dance Company

Solo Olos/Son of Gone Fishin’/Rogues/PRESENT TENSE
Par

(c) Stephanie Berger

(c) Stephanie Berger

À l’occasion d’une dernière grande tournée mondiale, la compagnie de Trisha Brown fait des adieux irradiants à Chaillot. Retirée de la scène depuis 2012 pour cause de maladie, Trisha Brown est encore une des papesses les plus vénérées de la danse postmoderne américaine. La soirée proposée dans le cadre du Festival d’automne à Paris n’affiche pas ses titres les plus célèbres mais quatre pièces rares et fort caractéristiques du style tout en fluidité et en souplesse de la chorégraphe. Elles couvrent presque trente ans de répertoire au cours desquels se développe une forme d’audace et de continuité alliant rigueur formelle et organicité des corps dans un minimalisme élégant où tout se concentre sur le mouvement qui ne discontinue jamais.

Conçu comme un feu d’artifice progressif, le programme commence dans le blanc cotonneux et le silence uniforme de « Solo Olos » (1976) pour aboutir à un festival de couleurs jaillissantes soutenues par les sonorités chatoyantes de la musique de John Cage dans PRESENT TENSE (2003, reconstruit en 2014). Entre les deux, la danse de Trisha Brown se fait mystérieuse et sauvage. Les corps droits et déliés, décontractés presque jusqu’à la nonchalance, vêtus de costumes en lamé doré, brûlent et se consument sous une lumière rasante de soleil couchant dans « Son of Gone Fishin’ » (1981) comme dans le plus simple et crépusculaire « Rogues » (2011), un court et intense duo masculin.

Si l’esthétique de la représentation paraît parfois datée, la danse demeure au contraire toujours neuve. La beauté du geste réside dans son caractère à la fois essentialiste et sensible. En groupe, chaque interprète danse sa partition avec l’autre et isolément. Les corps s’imbriquent et s’échappent. La danse de Trisha Brown impose sans heurt cette forme de décalage dans l’unité et propose une combinaison infinie de variations où tout paraît très tenu, ce qui n’empêche pas des envolées spectaculairement poétiques. Si elle semble parfois rigide ou hiératique, la danse est irréductiblement libre, vraiment naturelle et évidente.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par