Rajeunissons mais pas trop !

La Double Coquette
Par

(c) Marc Domage

(c) Marc Domage

Le relent marivaudien du titre m’a laissé pensif. Ici pas de danse, mais un opéra-comique bien de chez nous ! L’illustre Favart, l’inégalable Dauvergne, tous deux inconnus de ma personne, nous ont légué cette petite merveille du patrimoine national qui remplit admirablement son office : résister au temps et s’adapter crânement aux nouveaux publics. Ces derniers ressentent le besoin de voir des pièces classées et protégées, connaître une nouvelle jeunesse et leur parler en ce xxie siècle. Pierre Alféri et Gérard Pesson entreprennent de tremper la pièce de 1753 « La Coquette trompée » dans une eau de jouvence. L’écran tactile d’une tablette sur scène, une invitation reçue par e-mail, un passage sur les réseaux sociaux entament un travail de rajeunissement ; la langue s’enhardit d’expressions fort modernes du style « raide dingue » ; le vers s’affranchit de la rime et la musique connaît elle aussi ses mises à jour.

Je ne suis guère familier de l’opéra-comique, et peut-être, cher lecteur d’I/O, ne l’êtes-vous pas non plus. Il se peut alors que les explosions vocales en mode ténor ou soprano vous laissent de marbre ; que la musique baroque et le métallique son du clavecin et tous ces hautbois et ces cors vous paraissent tellement anachroniques. Mais on ne peut dénier à l’ensemble une force émotionnelle réelle, ne serait-ce que par l’engagement des acteurs, un peu livrés à eux-mêmes dans cette mise en scène minimaliste, et surtout par le talent des musiciens qui accompagnent, sur le plateau, les sentiments des personnages. Cette proximité expliquerait pourquoi l’orchestre n’est pas en dehors de la scène, dérobé à la vue des spectateurs.

Les auteurs ont ainsi payé leur tribut à la modernité, et voilà notre « Double Coquette » aussi fringante qu’un vieil immeuble après un ravalement de façade. And the show must go on.

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