La poésie : Paix des hommes

(c) Festival Voix Vives, de méditerranée en méditerranée

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Les poètes ont répondu, modestement, bien vivants, par cet exquis cadavre : « ses yeux courroucés de colombe », puis « vol d’oiseau de mort flagrante »…

Sur les crépitements du parquet du New Morning, au son des tintements de verres et des chuchotements, bercés par les frottements des cordes de la viole d’amour et du violon, cinq poètes, parfois accompagnés d’un double, ont tendu leurs voix.

C’est une Méditerranée triste qui a vibré ce soir, une Méditerranée fragile, parfois drôle, frémissante, incommensurablement triste. Bien loin des grands soleils, des couleurs chaudes, des pierres sèches et des mers infinies de la Méditerranée idéale, celle d’un Camus extatique par exemple, les mots qui résonnent et se mêlent, quelques instants après, sont des mots lavés – « le blanc est une couleur », « et si ça meurt, c’est le blanc » (au sujet des variétés de bleu) –, des mots durs – la guerre, la lutte, la mort, les cauchemars d’enfants, le froid –, des mots scabreux – « caca », « compote » et « os » –, des mots amers – la « mort du poème », l’acier, la haine – et des mots pluvieux – les pierres mouillées, « neige sur la méditerranée », la pénombre, « les fumées de l’aube sur la lune », ou encore ce constat, « la rivière est désormais dans la chambre ». Méditerranée crépusculaire, réelle, palpable.

L’épilogue musical a conclu la session d’une note mélancolique et sublime, avec Jasser Haj Youssef au violon. C’était bien ça : tragique, fragile, saisissant. Comme un cimetière marin. Il ne pouvait sans doute pas en être autrement, ici, aujourd’hui.

Les doubles récitations auront été, pour nous, le point d’orgue de ces alliances des contraires : un texte, deux voix, deux sexes, deux mélodies.

À réécouter en podcast sur le site du New Morning.

PS : on regrette que tous les poètes entendus n’aient pas été représentés sur le stand des éditeurs.

 

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